On ne sait pas grand chose sur le prêtre qui dessert Sébeville en 1789 Il se nomme Jean Sébastien Ficquet En 1789, il officie dans la paroisse depuis environ 46 ans On sait grâce aux conférences ecclésiastiques de 1867, que l'Abbé Ficquet en 1790, refuse de prêter serment à la constitution civile du clergé. Néanmoins, il semble rester dans sa paroisse. On sait également qu'il y a en 1790, un vicaire à Sébeville Ce dernier se nomme Jean Ursin Lemarquand et il est originaire de la paroisse voisine de Chef du Pont. En 1790, au contraire de nombreux vicaires qui saisissent l'occasion de devenir curé, il refuse également de prêter le serment à la constitution et il émigre à Jersey. Nicolas Lefèvre, qui dessert la paroisse de 1791 à 1792, est assermenté. Ensuite, les sources sont muettes jusqu'en 1801. On sait que, à cette date qui voit la signature du concordat, la paroisse de Sébeville est rattachée à sa voisine Blosville. Cette décision semble rapidement sujette à contestation puisque l'on trouve dans le dossier paroissial de Sébeville (A E P 571), de nombreuses lettres à l'évêque demandant la reconstitution de la paroisse. Elles sont particulièrement nombreuses à la fin du Consulat (10 mai 1804, 12 mai 1804, 4 septembre 1804).

 

Lettre du 17 fructidor an XII (4 septembre 1804), des habitants de Sébeville et du maire, Monsieur Lernarquand, à l'évêque de Coutances (A E 571 P) :

«  Notre commune, monseigneur, présente tout ce qui est nécessaire pour en faire un oratoire où une annexe :

  1) La distance du chef-Iieu qui est de plus d'une demi heure.

  2) Le bon état de son temple qui abondamment pourvu de tous les objets utiles à ['exercice du culte

  catholique.

 3) La population qui est environ de 150 individus dont beaucoup de vieillards et d'infirmes.

 4) La résolution constante des habitants pour l'entretien de l'église, pour subvenir à tous les frais du culte et  pourvoir à la subsistance du ministère ».

 

Lettre anonyme de la même époque (pas de date précise) (A E 571 P) :

« Monseigneur,

Votre zèle bien connu pour l'accroissement de la religion me détermine à vous exposer la situation d'une paroisse bien malheureuse nommée Sébeville en Cotentin, dont la plus saine partie gémit encore d'avoir perdu leurs premiers pasteurs et leur église, la paroisse étant réunie à Blosville dont l'église est de moitié trop petite pour contenir le peuple. Les uns veulent être maîtres dans leur église, les autres veulent y avoir leur place, ce qui produit de très mauvais effets. Les enfants restent sans instruction. Les prêtres qui desservent cette paroisse ne sont point [ ? ], quantité de personnes n'ont en eux aucune confiance. Plus de trois quarts des malheureux habitants n'ont approché des sacrements pendant et depuis la révolution. Beaucoup sont morts sans sacrements. Des enfants de 15, 16, 18 ans ne sont pas encore allés à la confesse et ne savent nullement prier Dieu, les pères et les mères n'ayant aucune religion. Si l'église de Sébeville était ouverte, si c'était de votre bon plaisir de leur envoyer un ministre éclairé, chacun reviendrai bientôt de son erreur et les habitants de Sébeville autrefois si pieux retourneraient vers leur Dieu et se convertiraient ».

De même, deux délibérations du conseil municipal (20 et 22 novembre 1808) nous prouvent que les habitants de Sébeville souhaitent toujours la même chose. L'une d'elle précise que les habitants seraient prêts à offrir 240 francs par an au curé qui serait nommé à Sébeville et 100 francs pour son logement. En 1824, une nouvelle lettre adressée à l'évêque précise que les habitants de l'annexe de Sébeville ont désormais un prêtre qu'ils rémunèrent eux-mêmes. Ainsi, elle propose d'élever Sébeville au rang de succursale Ce prêtre, dont parle cette dernière lettre, est vraisemblablement l'abbé La Garde qui reste à Sébeville jusqu'en 1827.

A partir de 1827, et sans changer le statut de l'église de Sébeville, il semble que l'évêché reprenne directement en main la nomination des desservants. Ainsi, en 1827, c'est l'abbé Hébert qui est nommé. Il meurt en 1837. Ensuite, lui succède l'abbé Poisson. Ce dernier est originaire de Carentan où réside encore sa famille. D'ailleurs, en 1849, il est contraint par l'évêque, du fait de ses infirmités, de quitter Sébeville pour se retirer dans sa famille. Il obéit à contre cœur. Par contre, les paroissiens s'opposent à cette décision puisque, comme l'affirme le livre paroissial, il est très apprécié de ses ouailles. Ainsi, les habitants, lors de l'arrivée de son successeur l'abbé Genest, refoulent ce dernier et le maire, Monsieur Le Piez, refusant de lui donner les clefs du presbytère, il est contraint de loger chez Mr Lemarquand, fermier du château Néanmoins, la colère passée, il semble avoir été mieux accueillit. L'abbé Genest est né en 1816 (il a 40 ans au recensement de 1856) à Marigny, et il était précédemment vicaire de Montreuil (une paroisse toute proche de son village d'origine). En 1860, il est appelé à desservir la paroisse de Neuville au Plain. On voit donc avec ces deux derniers desservants, qu'ils sont originaires de paroisses relativement proche de Sébeville, ce qui tendrait à prouver la relativement faible mobilité géographique des prêtres dans le diocèse de Coutances. Cependant, le successeur de l'abbé Genest nous montre que cette faible mobilité n'est pas une loi. En effet, après six mois de vacance (du tait du manque d'attractivité de la paroisse), c'est Charles Ruault qui est nommé à la tête de l'église de Sébeville. Or, ce dernier, si il est originaire de St Vaast la Hougue, a officié dans des paroisses assez éloignées les unes des autres Ainsi, il a été curé des Moitiers en Bauptois, mais il a été durant 14 ans prêtre à Arromanches, dans le diocèse de Bayeux. C'est lui qui parvient à faire ériger l'église de Sébeville en succursale, le 13/05/1863. Il meurt le 29 avril 1867 à l'âge de 56 ans, et il est inhumé par l'abbé Picquenot d'Ecoquenéauville. Son successeur, l'abbé Gautier arrive à Sébeville le 29 septembre 1867. Il est accueillit par le maire, Monsieur Lemarquant. Il dessert la paroisse jusqu'en 1874, date à laquelle il est remplacé par l'abbé Lesueur. Ce dernier meurt le 15 juillet 1880, et il lègue sa fortune à sa bonne, au grand scandale de l'abbé Gautier, qui est devenu, entre temps, Curé de Ste Mère Église. Il écrit même une lettre pour en informer l'évêque (A E 571). Cependant, il semble que l'abbé Lesueur, n'aie pas exercé son ministère jusqu'à sa mort puisqu'en 1879, et ce jusqu'en 1883, on retrouve comme desservant (dans l'annuaire de la Manche) l'abbé Cervelle. De 1883 à 1887, c'est l'abbé Ribet qui officie et de 1887 à 1889, c'est l'abbé Pirou. En 1890, premier signe de déclin, il n'y a pas de desservant. Enfin, de 1891 à 1893 le dernier desservant unique de Sébeville est l'abbé Lefêvre. De 1894 à 1910, l'église n'a pas de desservant, et le service liturgique est effectué par l'abbé Belin de Bouteville ou par l'abbé Auvray d'Ecoquenéauville. Il faut attendre 1911 pour voir, dans l'annuaire de la Manche que l'abbé Landry de Blosville devient également desservant de Sébeville.

Ainsi, en 1914, les paroissiens de Sébeville se retrouvent dans une situation quasiment semblable à celle du début du XIX ème siècle. Certes, leur église est devenue succursale, mais pour diverses raisons qui n'apparaissent pas dans les archives (baisse du nombre de prêtres dans le diocèse, baisse constante de la population de Sébeville), ils n'ont plus de desservant propre, et c'est de nouveau le curé de Blosville qui assure le service liturgique. Un autre signe du déclin de la paroisse est la relative instabilité des desservants qui restent, durant le XIX ème siècle,en moyenne 5 ans et demi à Sébeville alors qu'il y restaient en moyenne 32 ans au XVIII ème siècle.